Dogmes et Raison

Il a fallu des dizaines de milliers de prêtres catholiques à temps plein, pendant près de trois siècles, pour réussir à imposer la pudeur et à l’inclure dans l’éducation des enfants ! Bien entendu, nous ne parlons pas ici de la pudeur naturelle à moitié confondu avec la timidité… Mais bien de la pudibonderie, de la diabolisation du corps féminin et de l’association forcée entre nudité et sexualité.

Avec la mondialisation et la prééminence des pays dans lesquels ces prêtres blancs catholiques ont prêché, ces conceptions très récentes en regard de l’histoire des civilisations humaines sont devenues une norme globale. Toutefois, il ne s’agit rien de moins qu’un dogme liberticide et dangereux. Il est évidemment essentiel de canaliser, réguler et surveiller l’expression de la sexualité : les civilisations évoluées l’ont toujours fait pour protéger les plus faibles contre ses déviations. En revanche, en affirmant que c’est la vision du corps le problème, et non les pulsions sexuelles, nous avons attelé la charrue avant les bœufs ! Combien de milliers de drames, de morts mêmes, à cause de cette idée déviante ? Combien de milliers de pervers se sont crus dans leur bon droit en accusant une femme de ne pas s’être assez habillée, justifiant ainsi son viol ? En 2018 encore, un tribunal anglais a relaxé le violeur d’une jeune fille parce qu’elle portait un habit qui ne couvrait pas assez ses formes ! Souvenons-nous que même aussi loin que l’Antiquité, ce violeur se serait fait hué, condamné et bannir pour son humiliante absence de contrôle sur lui, quand bien même il aurait pris l’idée à la jeune fille violée de se promener toute nue !

En ce qui concerne le sein féminin, la résistance contre ces dogmes religieux a été définitivement perdue dans le courant du XIXème siècle, où les prudes missionnaires chrétiens de l’habillage obligatoire ont pu célébrer la diabolisation effective du sein des femmes en général et de son aréole en particulier. La grande vogue des corsets en a étouffé plus d’une, suivi par son successeur contemporain le soutien-gorge. Entre les deux guerres mondiales, les femmes ont commencé à vouloir reconquérir cette liberté perdue, puis à nouveau à la fin des années soixante. Le résultat final a été très différent selon les pays. Les États-Unis et surtout l’Angleterre semblent avoir encore régressé, des pays comme la France sont divisés entre une majorité de citoyens silencieux et une minorité de réactionnaires agressifs, et d’autres pays comme l’Allemagne ont carrément balayé ces idées d’un autre âge. En Allemagne en effet, point de camps naturistes pour isoler les « comportements déviants » : si on veut se baigner nu à la piscine ou même se prendre un bain de soleil en tenue d’Eve sur la pelouse d’un jardin public, personne ne verra à faire d’histoires ! Un petit fait divers tout à fait véridique pour finir : dans une piscine municipale allemande, des baigneurs se sont plaints de devoir partager le bain avec les possesseurs de maillots de bain (accusés, en plus d’être bêtes, de ne pas bien se laver les parties intimes à la douche). En accord avec ces accusations, la direction a donc pris la décision de mettre des affichage « nudité obligatoire » deux jours par semaine ! On est loin de l’esprit obtus français capable de faire venir une voiture de police pour une simple baigneuse dont le haut de maillot de bain est absent…