Le Nu, Vulgaire ?

En photographie, le nu est le seul domaine à s’intéresser à l’être humain tel qu’il est, sans mention de la prédominance sociale, des faux-semblants ou des apparences. Il s’agit de la recherche de la beauté intrinsèque, mystérieuse et innée dont notre corps est somme toute la peinture, comme la toile d’un prodigieux artiste. Ce corps dont nous avons hérité, et dont nous avons à prendre soin, est notre plus grande richesse, indépendamment des injustices qui fabriquent les misères sociales dont nous sommes malheureusement habitués dans l’actuelle société humaine.

Le nu est un domaine immense. Il peut servir de base à la plus profonde des réflexions philosophiques, comme à la superficialité la plus vulgaire. Il peut susciter l’horreur, autant que l’émerveillement. L’innocence la plus pure peut s’y exprimer, mais aussi la perversion la plus choquante. Le nu est à notre image, il exprime ce que nous sommes, ce que nous recherchons, ce que nous souhaitons trouver, ou partager.

L’homme horrible n’est pas l’homme. Ce n’est pas parce qu’un malade a violé une femme ou tué son voisin qu’il faut censurer la totalité des hommes. Pourtant, c’est le même principe quand nous censurons tout le nu, sous prétexte que des images choquantes ont été partagées ! Un chien mord, faut-il tuer tous les chiens ? Un chat griffe, faut-il tuer tous les chats ? Une photo de nu choque, faut-il supprimer tout le nu ? Ne soyons pas stupides…

En vérité, nous avons un grand besoin de nous reconnecter à notre spontanéité perdue. La sagesse de l’enfant, trop tôt meurtrie, nous manque tellement. Faut-il donc gronder une petite fille qui a voulu sortir nue dans le jardin, ou bien faut-il plutôt gronder l’homme qui ne sait plus respecter l’innocence et la joie de communier avec la nature ?

De plus, la censure du nu masque souvent des politiques très pernicieuses et pudibondes, qui avaient cours au XIXème siècle mais ne devraient plus rien avoir à faire au XXIème… Rejetons les vieux dogmes, les vieux blocages, les vieilles discordes puériles là d’où tout cela est venu. Nous n’avons pas besoin de règles pour décider de ce qui est beau, ou de ce qui touche nos âmes et nos cœurs !